Après quelques semaines d’acclimatation caribéenne, nous sommes partis à la découverte de l’intérieur des terres colombiennes. Nos forces durement rassemblées sur la côte à grand renfort de hamac ont été aussitôt dispersées par les soubresauts des routes chaotiques, à travers palmeraies à huile et pâturages à calebassiers, qui nous ont menés jusqu’à Mompòs la versatile : brûlante le jour, revigorante la nuit.
Le jour, la ville est le théâtre de batailles engourdies : de la clim’ contre la chaleur cuisante, des balais contre la poussière qui s’accumule sur le pas des portes… Les Urubus noirs cerclent dans le ciel. Un Momposino compatissant face à nos fronts ruisselants nous invite quelques minutes à l’ombre de son maigre manguier. Sur les berges du Rio Magdalena, les Martins-pêcheurs sont à l’affût et un caïman nous toise d’un air narquois. Le long de la promenade ombragée en bord de fleuve, quelques vieux font claquer leurs dominos et Audrey fait sa première rencontre avec les impressionnants iguanes adultes qui se prélassent dans les arbres, accompagnés d’autres étranges lézards. Les humains aussi lézardent, certains assoupis devant leur porte, d’autres affalés sur leur carrelage un peu plus frais, une jambe en l’air nonchalamment posée sur un hamac trop chaud. Même les murs lézardent sous les assauts féroces du soleil.
Autour de la terre, on est moite sans rien faire, passifs contemplatifs, ça colle pour toi et moi. C’est la moite !
En fin de journée, le soleil harassant dépose les armes. Ibis et hérons gagnent leurs dortoirs en convois groupés pendant que fraîcheur et villageois réinvestissent la ville. Les écoliers défilent en brandissant fièrement leurs cerfs-volants faits maison, scooters et tuk-tuks sillonnent les rues, et sur les places répètent les groupes de danse et de musique traditionnelles.
Fondée en 1540 sur les berges du Rio Magdalena pour acheminer les marchandises entre Carthagène et l’intérieur de la colonie, Mompòs fut riche, prospère et déclara la première (en Colombie) son indépendance de l’Empire espagnol avant de sombrer dans un siècle de léthargie suite à l’abandon de cette voie de transport fluvial. Elle se réveille aujourd’hui doucement grâce au tourisme. Il paraît que Mompòs incarne à merveille l’ambiance ensommeillée décrite par Gabriel Garcia Marquez dans Cent ans de solitude.























La lente ascension de la cordillère orientale (la Colombie compte trois cordillères) nous a apporté un peu de fraîcheur lors de quelques étapes rurales.
D’abord à Barichara, petite ville coloniale aux rues pavées, murs chaulés et tuiles rouges, soubassements et volets colorés. Nous y avons goûté la spécialité régionale, les « fourmis à gros cul », et rencontré le clinquant Barranquero, bel oiseau multicolore, ainsi que la pimpante Anaïs, notre compagnonne de voyage pour quelques jours. Ensemble, nous avons arpenté les pâturages et forêts sèches de la vallée jusqu’au petit village de Guané, où une petite chicha, boisson fermentée à base de maïs, a fini de m’étourdir.
Puis à Guadalupe, dont les rivières rouges tranchent avec les grasses pâtures montagnardes évoquant un peu le Cantal, le bon fromage en moins mais les tatous en plus ! Ce jour-là, nous avons marché sur nos ombres, le soleil étant à son zénith à l’approche de l’équinoxe.




























Sur le bord des routes menant à la capitale marchent des groupes de femmes et d’hommes, parfois avec enfants. Renseignement pris, il s’agit de Vénézuéliens en quête d’une nouvelle vie. A ce jour, ils sont plus d’un million à avoir migré en Colombie, sur environ 3 millions d’exilés. D’après nos quelques conversations avec des Colombiens et autres informations glanées sur le sujet, état et population ont réservé un bon accueil à leurs voisins mais, sans surprise, avec le nombre viennent les tensions… Les nouveaux-venus en détresse offrent une main d’œuvre bon marché et cette « concurrence » n’est évidemment pas bien perçue par tous. Si certains Vénézuéliens trouvent des petits boulots dans la restauration ou la récolte de café, d’autres grossissent les rangs des mendiants et vendeurs ambulants, ou sont enrôlés dans les réseaux de prostitution et de narcotrafic.
A Bogotá, nous ne nous sommes pas attardés, un peu refroidis par la mauvaise publicité qui nous en avait été faite (criminalité, pluie, manque d’intérêt…) et notre « auberge » qui tenait davantage du squat. Comme dit Audrey : le drap de soie c’est la vie !
Mais le peu que nous avons vu et appris de la ville était finalement plutôt plaisant, tout du moins dans le vieux centre et les musées : le Museo Botero avec ses œuvres potelées et le riche Museo del oro, qui offre un brillant aperçu des talents d’orfèvres des peuples préhispaniques mais aussi de leurs croyances, rites et conceptions du monde. Les offrandes en or retrouvées dans les lagunes autour de Bogotá ont contribué à nourrir le mythe d’El Dorado.







